Dernière mise à jour :2014-11-21

arts et culture

1490-1553

Religieux, médecin, érudit, humaniste et écrivain français
mais aussi
Polémiste, encyclopédiste, savant, voyageur, moraliste, éducateur.

«Science sans conscience n'est que ruine de l'âme»

François Rabelais

Tenter d'écrire la biographie de Rabelais c'est prendre le risque de faire la place à ce qui tient de la légende ou de la tradition au détriment de l'authentique. En effet son parcours est semé de zones d'ombre et on sait finalement peu de choses de sa personnalité.

Rabelais est né à la Devinière près de Chinon, d'un père avocat, (entre 1483 et 1494), sans doute vers 1490. On ne sait rien de l'enfance ni de l'adolescence de Rabelais. Peut-être a-t-il été novice chez les franciscains à Angers. Rabelais ne semble pas avoir mené l'existence d'ivrogne, de jouisseur et de paillard que lui prête la légende. À la fois religieux (franciscain, puis bénédictin, puis curé), ce fut avant tout un humaniste d'une culture universelle, qui choisit le rire et la truculence pour exprimer ses idées. Son ambition était sans doute, à la fois d'amuser et d'instruire.

Au long de sa vie François Rabelais a été tout à la fois un Religieux, un Médecin, un Traducteur, un Écrivain et un Humaniste.

Le religieux

En 1519 Rabelais se trouve au couvent franciscain du Puy-Saint-Martin à Fontenay-le-Comte. Là il étudie le grec, le latin, le droit, l'histoire naturelle et la médecine, il acquiert des connaissances encyclopédiques, il correspond en grec et latin avec un helléniste célèbre Guillaume Budée, il fréquente des humanistes. Les franciscains entretiennent des liens amicaux avec des érudits qui se réunissent chez Geoffroy d'Estissac, évêque de Maillezais. Les connaissances et l'autorité de Rabelais sont reconnues par ces éminents savants. Par crainte de bienveillance aux idées de la Réforme, sur ordre de la Sorbonne, ses supérieurs lui retirent ses livres de grec, lui interdisant ainsi l'étude de l'Écriture dans les textes originaux; mais très vite, à la suite d'intervention bienveillante, les livres confisqués ont été restitués à leur propriétaire. Dans ce couvent il reçoit la dignité de prêtre qu'il exerce.

En 1524, à la demande de l'évêque de Maillezais, Rabelais est autorisé par le pape Clément VII, à quitter les Franciscains pour les Bénédictins dont les règles sont moins sévères. L'ordre se situe non loin de là, à l'abbaye de Maillezais précisément. Il y séjourne quelques années et a le temps de nouer de nouvelles relations.

C'est en 1525 qu'il séjourne au prieuré de l'abbaye de Ligugé où il trouve un refuge favorable à la poursuite de ses études et apprend à connaître la campagne poitevine. Puis il prendra finalement l'habit de prêtre séculier (n'appartenant à aucun ordre), ce qui lui permettra, pendant deux ans, de voyager en France dans des villes universitaires: Bordeaux, Toulouse, Paris, et Montpellier et en Italie à Rome. En septembre 1530, Rabelais s'inscrit à la faculté de Médecine de Montpellier.

En 1535, lors de son second voyage à Rome, le pape Paul III lui accorde une absolution pleine et entière pour avoir quitté son habit de moine. Pendant l'année 1536 l'évêque de Paris lui avait offert un asile dans l'abbaye de Saint-Maur-les-Fossé, dont il était abbé pendant les troubles de l'invasion de Charles-Quint.

En 1543, Rabelais obtint une cure à Saint-Christophe-du-Jambet, suite au décès de Guillaume du Bellay, frère du cardinal.

En 1550 le cardinal Du Bellay lui fait attribuer la cure de St-Martin de Meudon, dont il peut toucher les revenus sans y séjourner en permanence. Le 9 janvier 1552, il abandonne ses deux cures de Saint-Christophe-du-Jambet au diocèse du Mans et celle de Saint-Martin-de-Meudon au diocèse de Paris, peu avant la publication de son Quart Livre qui fut censuré par la Faculté de théologie et par le Parlement. Il meurt deux ans plus tard sans doute vers 1553.

Le médecin

Reçu bachelier de la Faculté de Montpellier en 1530 (l'année de son inscription, ce qui indique qu'il avait déjà acquis de bonnes connaissances de médecine avant cette date); en 1531, l'ancien moine, étudiant à Montpellier avait choisi pour sujet de son cours de stage, l'explication des "Aphorismes" d'Hippocrate et du "Petit Art Médical" de Galien dont il avait modifié le texte d'après un manuscrit qu'il possédait. Devant le succès qu'il remporta, Rabelais fit éditer ce petit livre en 1532 avec quelques notes grecques et latines; le texte comportait une lettre à son ami Geoffroy d'Estissac, évêque de Maillezais.

Il sera nommé médecin attaché du "Grand Hostel Dieu de Nostre Dame du Pont du Rosne" en 1532 et la même année publie à Lyon plusieurs traductions et le premier Livre de son oeuvre majeure, Pantagruel. Le 22 mai 1537, il reçoit la licence et le doctorat à Montpellier, ce qui lui permet d'enseigner et d'exercer la médecine dans tout le royaume: un cours sur le texte grec des Pronostics d'Hippocrate. Si l'on voulait mettre en doute le sérieux de l'homme de science qu'il fut, il s'imposerait de lui-même à la lecture de cette phrase: "Par fréquentes anatomies (dissections), acquiers-toi la parfaite cognoissance de l'autre monde qui est l'homme." Alors même que la dissection de cadavres humains exposait à de graves sanctions de la part des autorités tant civiles que religieuses.

Vers 1539, Rabelais entre en qualité de médecin au service de Guillaume du Bellay, frère du cardinal, gouverneur du Piémont. Le seigneur étant mort en 1543, Rabelais obtint une cure à Saint-Christophe-du-Jambet.

En 1546, risquant de perdre ses protecteurs à la mort annoncée du roi François Ier, Rabelais se réfugie à Metz, où il est médecin de la ville pendant un peu plus d'un an avec un salaire le mettant à l'abri du besoin. Le roi meurt le 31 mars 1547, le cardinal du Bellay renonce à ses charges politiques et retourne à Rome accompagné de Rabelais qui y fait son troisième séjour.

Le traducteur

Dès 1532, Rabelais publie à Lyon chez Sébastien Gryphe un recueil de lettres latines que Giovani Manardi avaient publiées sur divers sujets et auteurs médicaux de l'Antiquité, il traduit et commente les Aphorismes d'Hippocrate: "Aphorismorum Hippocratis sectiones septem" et quelques livres de Galien sous le titre: "Hippocratis ac Galeni libri aliquot, ex recognitione Francisci Rabelaesi." Rabelais était alors en instance d'être nommé médecin du "Grand Hostel Dieu de Nostre Dame du Pont du Rosne", ce qui fut fait en 1532

L'écrivain

Le nom de Rabelais est indissociable des deux héros auxquels il a consacré l'essentiel de son oeuvre écrite: Gargantua et Pantagruel les géants, père et fils. C'est en 1532, année charnière pour Rabelais, qu'il publie, sous le pseudonyme d'Alcofibras Nasier (anagramme de François Rabelais) les Horribles et Épouvantables Faits et Prouesses du très renommé Pantagruel, roi des Dipsodes, Dès 1533 Pantagruel est censuré par la Sorbonne, la même année Rabelais se rend à Rome avec le cardinal du Bellay. À son retour à Lyon il publie, en 1534 La Vie inestimable du grand Gargantua, père de Pantagruel, En 1543 la Sorbonne condamne à nouveau Gargantua et Pantagruel. Puis sont publiés le Tiers Livre en 1545 et le Quart Livre en 1552 des aventures de Pantagruel. En 1543 la Sorbonne condamne à nouveau Gargantua et Pantagruel.

En 1545, Rabelais obtient du roi François Ier, le privilège d'imprimer librement ses livres pendant dix ans. Ce privilège sera confirmé par Henri II après la mort de son père.

Dans son oeuvre Rabelais réunie culture et gaieté, il invite tout à la fois son lecteur à «rompre l'os et sucer la substantifique moelle» et à le faire dans la bonne humeur «pour ce que rire est le propre de l'homme».

Dans les aventures de ses héros, on retrouve les paysages, les villages et les hameaux de la Loire et du Poitou qu'il a connu pendant son séjour à l 'abbaye de Ligugé. les sympathiques géants Grandgousin, Gargantua et Pantagruel, le rusé Panurge, qui avait "soixante et trois manières de trouver de l'argent toujours à son besoin malfaisant, fripeur, buveur, batteur de pavés" au demeurant "le meilleur fils du monde", ou bien encore le moine guerrier Frère Jean des Entommeures, qui extermina, armé de son crucifix, "treize mille six cent vingt et deux ennemis", pendant la "guerre picrocholine," et encore "comment Grandgousier cogneut l'esprit merveilleux de Gargantua l'invention d'un torche-cul."

L'humaniste

Le mode de vie des Thélémites était réglé par un règlement simple : «FAIS CE QUE TU VOUDRAS».

Rabelais parait être le dépositaire d'une conception de la vie qui, bien que née au XVI ème siècle, dépasse le cadre de la Renaissance. C'est en raison de son attitude critique à l'égard des traditions du Moyen-Age que son talent apparaît génial :

  • Pacifiste, il pense que "le bon prince doit être pacifique" dans l'intérêt du peuple.
  • Pédagogue, il propose une éducation favorisant une connaissance totale et universelle, basée sur l'apprentissage dans la joie, privilégiant la pratique et l'expérimentation.
  • Religieux, il préconise de prendre l'Écriture comme seul fondement; la Morale se devant d'être plus proche des exigences de la vie et de la nature.
  • Juriste, il est favorable au retour au droit romain et moins de droit canon.

On pense que Rabelais eut à Lyon un enfant Théodule, mort à l'âge de deux ans, et pour lequel il ne fit pas vraiment mystère, l'épitaphe pour cet enfant ayant été écrite par un ami de Rabelais, Boysonné.

Son oeuvre, fait de François Rabelais une des gloires de la Renaissance; il joua à cet égard un rôle éminent dans la formation de la langue et fut le représentant le plus complet de l'esprit français.

Note : Des mises à jour seront faites sur cet article

Auteur : Jean-Yves Gourdol

Copie autorisée

Version originale : http://www.medarus.org

Date de mise en ligne : 2003-08-26